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Lettre de Gracq à Edmond Humeau

Peut-être m'en voudra t-on un peu de faire appel ici à une anecdote familiale : Gracq n'était pas loin, alors, et je n'en savais rien. J'ai rencontré Edmond Humeau au moins une fois, c'était un cousin, via mon grand-père . Un hiver, le cousin poète était venu présenter ses vœux. Je me souviens d'un gros bonhomme exigeant et, au moins dans mon souvenir, il avait accablé mon père de son mépris. Les rares poèmes que j'aie lus de lui ne me parlent guère et son texte dans le revue de Mounier en 1933 (oui, Esprit, la revue de Macron), explique assez bien son parcours : il milite avec Mounier pour la « troisième voie » ce qui le conduira à être d'abord vichyste, ensuite résistant (c'est mieux que la moyenne de la famille)… mais c'était un camarade de classe de Louis Poirier, ils sont restés liés. Gracq écrit à Edmond Humeau  ce texte prophétique (et manuscrit dans le fac-simile publié par 303) :

« Pourquoi la vie a-t-elle été si difficile et si ingrate - de plus en plus difficile et ingrate – aux poètes dans ce XXe siècle qui s'achève ? Je ne parle pas de la vie quotidienne dont les moyens matériels ont toujours été à presque tous chichement comptés. Je parle de cette conscience qui restait aux poètes d'autrefois, même sans large accès au public, d'une vibration de l'air éveillée à leurs voix à laquellel'avenir ne resterait pas sourd, même quand, faute d'une clef que seule une longue maturation apporterait, le message poétique était destiné à rester longtemps encore opaque.

 

(…)

 

Peut-être le XXème siècle a -t-il été le lieu, dans la posésie, d'un mouvement de balancier significatif, abandonnant l'ascèse purifiante, l'affinement poétique absolu auquel tendaient les dernières recherches de Mallarmé au profit d'une poésie plus diffuse irradiant de part en part un excipient littéraire sans elle inerte. »

 

Revue 303 n° 93 – spécial Julien Gracq – pages 158-159

 

 

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