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Ernestine et Julien Gracq

J'ai connu Ernestine Chasseboeuf bien après Julien Gracq, je passais souvent devant chez elle, mais comme j'étais fâché avec des gens de Coutures, je ne m'arrêtais jamais. Quand je l'ai connue elle était déjà octogénaire et l'acuité de sa vision était à son Zénith. Mauricette Baussart bien que de beaucoup sa cadette en était jalouse : elle eût mérité, bien davantage que Lucien Suel, une résidence à la Maison Julien Gracq. Sa correspondance avec Gracq sera un jour au Brevet des collèges ou au Bac pro cuisine ; en voici un extrait  où Ernestine argumentait, contre Gracq en faveur de l'absolue gratuité des bibliothèques publiques (elle n'oubliait pas de joindre -comme Edmond Humeau – ses poèmes.

«  Pour ceux qui ont de faibles ressources comme vous dîtes, j'en connais beaucoup, et même qui vont au restaurant du coeur, alors pour eux on fera des bibliothèques du coeur spéciales, gratuites sur présentation d'un certificat de non imposition, de la carte de chômeur, d'un bordereau en trois exemplaires à prendre à la mairie et on mettra des livres sélectionnés qui tiennent bien au corps comme Pierre Bellemare ou Henri Troyat. Voilà ce que je pense, mais j'espère pas vous convaincre et c'est bien dommage... 

 

Je vous joins un petit recueil de poésies que j'ai fait, certains le trouvent assez amusant...»

 

Et Gracq répondit :

 

« Merci, Madame, pour l'envoi de ces poèmes du potager. Je me souviens que, quand je passais à Coutures (il y a de cela soixante-dix ans) la campagne était décorée, comme par des feuilles d'acanthe, de ses cultures d'artichaut…

 

Je vous souhaite d'heureuses lectures et d'heureuses écritures. »

 

Revue 303 n° 96/06/ spécial Julien Gracq p 230 - Extraits de correspondance présentés par Jacques Boislève.

 

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